Cette installation est une réflexion sur le mobilier intérieur, sur les positions physiques et mentales que nous adoptons, ou qui font que nous sommes capable d’adaptation, ou non. Il ne s’agit en aucun cas d’un travail de design où la praticité et l’utile sont à l’œuvre, mais au contraire c’est un travail de correspondance de formes où les possibilités d’usage sont déjouées. 
 Cette installation est semblable à un habitat, elle reprend le plan traditionnel d’un appartement : un salon, un cuisine, un bureau, une chambre et une cave (derrière la porte, correspond à une autre installation : «10 minutes au -0». cf pages suivantes), cependant tout y est contrariés. Les mobiliers sont contrariés, empêchés, leur usage est contrarié.  Les éléments de mobilier sont mêlés à d’autres objets d’usages, dont je questionne le sens. Sens que je détourne en mêlant bricolage, assemblage  et humour.

 

C’est aussi un espace intime avec la maison comme repère et comme principal champ d’investigation. Entre habitat et habité, entre meubles et sculptures. Hal Forster dans « Design and crime » disait « J’ai l’intuition que nous vivons une seconde époque de confusion des disciplines, d’objets élevés au rang de mini-sujet, de design total, le style 2000. » Il y a ici, une confusion des disciplines, et c’est cela qui m’intéresse. J’aime observer les objets du quotidien, le rapport que nous entretenons avec eux, les histoires que nous nous racontons grâce à eux, les modes de vie, les  personnalités qu’ils nous permettent d’inventer ou qu’ils reflètent, ce sur quoi s’interroge Jean Baudrillard dans « Pour une critique de l’économie politique du signe (1972) » : « Certains objets ne connotent ils pas l’appartenance sociale, le statut de fait, et d’autres un statut présumé un niveau d’inspiration? Y-a-t-il des objets « irréalistes » c’est-à-dire s’inscrivant en faux contre le statut réel et témoignant désespérément d’un standing inaccessible (conduite « d’évasion », conduite utopique)? » Mon travail conjugue par le détournement de mobilier, le pied de nez à l’objet design, une analyse de forme. Je donne à voir des objets insolites, curieux, dans un territoire ambigu entre la sculpture soustraite habituellement à l’univers vulgaire du quotidien, et le meuble, destiné à un usage réel. C’est cette frontière qu’il m’amuse de déplacer, pour jouer avec le ressenti du spectateur, et créer ce que Freud appelle « l’inquiétante étrangeté ».

© 2017 Justine Pillon